Au cœur du troisième arrondissement, le quartier d’Ahala abrite l’un des multiples sites où se joue, four après four, l’approvisionnement en charbon de la capitale. Une descente de terrain de l’Iforg a permis de reconstituer, chiffres à l’appui, le fonctionnement économique d’un cycle de production.
Vue du site de production à Ahala – (c) Lucien Mbala
Ahala, un site parmi d’autres dans la géographie du charbon Situé au sud de Yaoundé, dans l’arrondissement de Yaoundé III, sur l’ancienne route Yaoundé-Kribi, le quartier d’Ahala se trouve à la lisière entre tissu urbain et espaces encore boisés — une position typique des sites de production qui alimentent la capitale en charbon de bois. Comme documenté dans nos précédents travaux sur le bassin d’approvisionnement de Yaoundé, ces sites se répartissent le long des axes routiers, à mesure que la pression sur les massifs forestiers les plus proches de la ville s’épuise et repousse la production toujours plus loin.
C’est dans ce contexte qu’une équipe de l’IFORG s’est rendue sur un site de production actif à Ahala, pour observer et documenter, de manière chiffrée, le fonctionnement concret d’une unité de production.
Un foyer de carbonisation – (c) Lucien Mbala
Comment fonctionne un cycle de production Sur le site, l’unité de base est le foyer (ou four) : une meule de bois recouverte de terre, dans laquelle le bois est carbonisé lentement, à l’abri de l’air, pendant plusieurs jours. Un cycle complet correspond à une unité de production, c’est-à-dire à un foyer.
Le processus observé suit une chaîne assez simple dans son principe, mais lourde en logistique :
- L’approvisionnement en bois se fait par camion : il faut 3 camions pleins de bois pour alimenter un seul foyer.
- Une fois le bois carbonisé, le charbon est conditionné en sacs de 50 kg, à raison de 45 sacs par four.
- Ces sacs sont ensuite chargés pour être acheminés vers les marchés et points de vente de Yaoundé.
Chaque étape — location du camion, déchargement du bois, mise en sac, chargement du charbon — représente un poste de dépense à part entière, que l’équipe de terrain a pu détailler poste par poste.
Bois en attente de transformation – (c) Lucien Mbala
Le coût d’un cycle, poste par poste Sur la base des données recueillies auprès des producteurs rencontrés sur le site, le coût de revient d’un cycle de production (un foyer) se décompose ainsi :
Achat du bois | 3 camions pleins x 240 000 F | 720 000 F |
Location des camions | 3 camions x 25 000 F | 75 000 F |
Déchargement du bois | 3 camions x 20 000 F | 60 000 F |
Sacs d’emballage | 45 sacs x 150 F | 6 750 F |
Chargement du charbon | 45 sacs x 200 F | 9 000 F |
Total | 870 750 F |
Meule vidée – (c) Lucien Mbala
Du bois au charbon : ce que dit le rendement Un foyer d’Ahala produit 45 sacs de 50 kg de charbon, soit environ 2,25 tonnes de charbon par cycle, à partir de 3 camions pleins de bois. Sans le tonnage exact de ces camions, difficile de calculer un rendement propre au site — mais on peut l’encadrer à partir des repères déjà documentés par nos travaux sur la filière : la carbonisation traditionnelle en meule de terre, qui est la technique observée à Ahala, affiche généralement un rendement de 10 à 15 %, contre 25 à 35 % pour les techniques améliorées.
Sur cette base, produire 2,25 tonnes de charbon selon ce mode traditionnel suppose une consommation de bois de l’ordre de 15 à 22,5 tonnes par foyer — un ordre de grandeur cohérent avec 3 camions pleins, si l’on retient une capacité moyenne de 5 à 7,5 tonnes par camion. C’est précisément ce type de rendement qui, répété sur l’ensemble des sites du bassin d’approvisionnement, explique l’ampleur de la pression exercée sur le couvert forestier autour de Yaoundé.
Un maillon d’une filière plus large Le site d’Ahala illustre, à l’échelle d’un foyer, ce que nos travaux précédents documentent à l’échelle du bassin d’approvisionnement de Yaoundé : une filière informelle à plus de 90 %, où les marges réelles sont difficiles à établir, où les acteurs — producteurs, transporteurs, revendeuses — se partagent des risques et des revenus inégalement répartis, et où l’absence de structuration collective (coopératives, contrats de fourniture) laisse chacun négocier isolément avec des coûts logistiques élevés.
Chiffres-clés
- 1 cycle de production = 1 foyer
- 3 camions de bois nécessaires par foyer
- 240 000 F le camion plein de bois
- 45 sacs de charbon de 50 kg produits par foyer, soit environ 2,25 tonnes de charbon par cycle
- 870 750 F de coût de production estimé par cycle
- 15 à 22,5 tonnes de bois estimées consommées par cycle (rendement traditionnel de 10-15 %)
Sources : Iforg, enquête de terrain Juillet 2026 – Lucien Mbala
