Le marché charbon de Mokolo : épicentre de l’approvisionnement de Yaoundé

Le marché de charbon de Mokolo compte plus d’une quinzaine de comptoirs. Iforg a mené une descente de terrain à la rencontre des vendeurs, grossistes et détaillants du marché, pour comprendre comment s’organise, en amont de la vente, l’approvisionnement de la capitale.

Marché du charbon de Mokolo – (c) Lucien Mbala

Le flux entrant compte deux circuits d’approvisionnement.

Le premier est celui du charbon « tradition-moderne », fabriqué à partir de chutes de scierie — planches et restes de troncs invendables en l’état. Les producteurs livrent leur production sur les marchés. Ce circuit a un atout administratif : le bois étant déjà déclaré à l’entrée en scierie, il échappe aux sanctions liées à l’exploitation forestière. Il a en revanche un point faible sanitaire : une fois carbonisées, ces chutes de bois deviennent quasiment impossibles à identifier par essence — or certaines essences, transformées en charbon, dégagent des substances toxiques à la cuisson ou au chauffage.

Le second circuit est celui des « abatteurs d’arbres », des producteurs qui prélèvent eux-mêmes leur bois en abattant directement en forêt, avant de livrer leur charbon sur les marchés. L’atout est ici inversé : l’essence est connue à l’avance — surtout des bois lourds comme l’adoum ou le calis, parfois des bois légers comme l’acacia — ce qui garantit une meilleure traçabilité. Mais l’abattage, ni autorisé ni contrôlé, expose ces producteurs à des sanctions pénales.

Sacs de charbon livrés sur le marché –  (c) Lucien Mbala

En ce qui concerne les revenus, un sac de 50 kg s’achète 5 000 F et se revend 6 500 F ; un sac de 100 kg s’achète 6 000 F et se revend 7 500 F. Dans les deux cas, la marge brute tourne autour de 1 500 F par sac. Selon son capital, un revendeur commande entre 50 et 100 sacs par livraison — un volume en baisse ces dernières années, sous l’effet d’une concurrence de plus en plus vive, notamment de livreurs qui court-circuitent désormais les grossistes en vendant en direct.

Les livraisons ont lieu deux fois par semaine, mais les prix bougent entre deux : ils grimpent en cas de pénurie de gaz, de pétrole, d’eau, ou lors de fortes pluies. Le charbon reste, à Yaoundé, la solution de repli quand les autres sources d’énergie se raréfient ou se compliquent.

À la revente, un vendeur écoule en moyenne 10 sacs de 50 kg par jour, entre gros et détail. Le détail se décline en petites quantités accessibles à tous les budgets : paquets à 100, 200, 300 ou 500 F, bassine de 10 litres à 500 F, seau de 15 litres à 1 500 F pour les achats plus conséquents.

La clientèle est assez diverse. La cuisine domestique n’est pas le seul débouché. L’enquête identifie plusieurs profils d’acheteurs réguliers sur le marché : les fabricants de marmites, qui recherchent un charbon doux comme le can ou le tali ; les fermiers, qui l’utilisent pour réchauffer les poussins ; les électriciens, pour la mise à la terre des installations ; les blanchisseurs, pour le fer à repasser traditionnel ; les restaurateurs — notamment sénégalais et rwandais — pour la cuisson au barbecue.

Autant d’usages qui élargissent la demande bien au-delà des ménages, et donc la pression qui remonte, en amont, jusqu’à la forêt.

Le charbon « écologique » ne convainc pas Un dernier constat, plus inattendu : le charbon dit « écologique », issu de résidus agricoles ou de procédés alternatifs, est largement boudé par la clientèle de Mokolo — jugé trop petit en morceaux. Le rejet ne porte ni sur le prix ni sur la disponibilité, mais sur l’usage lui-même. Un point à ne pas négliger pour quiconque veut faire émerger une alternative crédible au charbon de bois traditionnel.

Iforg sur le terrain –  (c) Lucien Mbala

Chiffres-clés

  • Plus de 15 comptoirs de charbon sur un même rayon de 50 mètres
  • 2 circuits d’approvisionnement : charbon de scierie et charbon d’abattage direct
  • 5 000 F le sac de 50 kg à l’achat, 6 500 F à la revente
  • 6 000 F le sac de 100 kg à l’achat, 7 500 F à la revente
  • 50 à 100 sacs achetés par livraison, selon le capital du revendeur
  • 2 livraisons par semaine
  • ~10 sacs de 50 kg écoulés en moyenne par jour et par vendeur
  •  

Sources : Iforg, descente de terrain, marché Mokolo, 11 août 2026.

Retour en haut